Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Ma ZAD
par
29 mai 2019

Site de Zavenghem, région des Hauts-de-France, un projet de plateforme multimodale est remis en cause par des contestataires, dont Camille Destroit, responsable des achats de produits frais dans un hyper de Cassel. Arrêté, mis en garde à vue, libéré. Son hangar dans lequel il entreposait pas mal de matériel aidant les zadistes, brûle. Puis Camille est tabassé par des fachos. Ça commence à faire beaucoup pour ce quadragénaire jusque là paisible. Heureusement, la jeune Claire est là, qui va lui redonner l'envie de lutter.

Évidemment, on ne peut pas s'empêcher de penser à la ZAD de Notre-Dame-des Landes, surtout lorsque, comme moi, on habite dans la région nantaise. La ZAD de JB Pouy est le prétexte à construire son histoire noire, à y placer des personnes simples, très réalistes, un type moins convaincu que les autres, un dilettante, Camille qui se pose pas mal de questions sur lui-même mais aussi sur le monde en général. C'est aussi l'occasion pour le romancier de nous placer quelques belles formules dont il a le secret, des tournures de phrases, des expressions imagées particulièrement parlantes et réjouissantes : "C'était ça le BTP, le Bilan Totalement Positif. Tout en bousillant les crapauds du périmètre. Et en expropriant des petits vieux, la bêche à la main. Mais une société qui, pour l'instant, avait le cul en feu à force de s'asseoir sur l'énorme projet de Zavenghem. À cause des loquedus de la ZAD." (p.32)

Puis, sur cette ZAD, pousse une histoire plus noire, plus polar. Camille, un peu perdu se laisse entourer de gens très bien et d'autres peut-être moins recommandables. Comme à chaque fois, chez l'auteur Pouy, les petites gens sont à l'honneur, ceux qui galèrent, ceux qui ont un idéal, qui se battent et rejettent pas mal d'obligations sociales et autres. C'est son côté anar qui ressort. Et comme à chaque fois, c'est vraiment bien, parce qu'on rit aux images, aux bons mots, aux expressions détournées, aux emportements des uns et des autres, tout en gardant en tête que la différence n'est pas facile à vivre. Puis, Pouy interroge sur la réussite sociale, sur les moyens de "réussir" sa vie - expression que je déteste au plus haut point.

Son texte est bourré de références cinématographiques, picturales, musicales, littéraires qui obligent à aller voir tel ou tel tableau pour bien comprendre l'allusion, chose que j'aime beaucoup faire. S'instruire en lisant un bon roman noir, ça, ça me plait.

Traque sur le Web
19,50
par
29 mai 2019

Bon, je vais tenter d'être clair : c'est la quatrième enquête du groupe de Boris que je lis ("Burn-out", "Ad unum", "Artifices"), mais en fait, c'est la première de la série. On assiste donc à la naissance de Boris et de son équipe. Et comme les autres titres, cet opus est excellent. J'y retrouve tout ce que j'aime dans les romans policiers de Didier Fossey. Un réalisme évident, le travail de fourmi des flics en première ligne, les relations entre eux et entre les services, leurs vies personnelles (surtout celle de Boris), un rythme et une tension qui montent de page en page, des fausses pistes, ...

Ex-flic, le romancier connaît bien le monde qu'il décrit et ça se sent, même un non-connaisseur comme moi le ressent. C'est l'une des forces de cette série ainsi que la part très grande que prend la vie des héros auxquels on s'attache tout de suite. En plus de toutes ces qualités, Didier Fossey sait construire ses histoires en ménageant le suspense, en distillant ici ou là des indices pour mettre le lecteur sur une voie, bonne ou mauvaise. Il écrit l'une des toutes bonnes séries policières qu'il serait dommage de ne pas découvrir. Ce premier tome, initialement paru en 2010 est réédité chez Flamant noir, ce qui fait que toute la série y est désormais trouvable. Très bonne idée. Et voilà, les premières phrases :

"La lumière de l'ordinateur éclairait le visage de Danièle. Ses doigts couraient fébrilement sur le clavier. L’œil fixe, un sourire nerveux figé sur les lèvres, elle répondait à son correspondant du moment." (p.11)

Femme masquée

Thiéblemont, Anne-Laure

Cohen et cohen

20,00
par
29 mai 2019

Anne-Laure Thiéblemont (1963-2015) était une journaliste spécialisée dans l'art et notamment dans le trafic d'art, elle a écrit deux autres romans chez Liana Levi.

Sur fond de spoliation des biens juifs, l'autrice écrit un roman à la fois passionnant et un tout petit peu frustrant. Frustrant parce que j'ai eu l'impression d'un roman inachevé, un peu comme un plan très très détaillé de ce qui aurait fait un livre plus dense, plus épais. Pas mal d'ellipses qui parfois surprennent et déroutent, à nous lecteurs de faire le travail de tout raccorder, mais surtout des passages -et notamment les portraits des deux sœurs- qui auraient sans doute mérité plus de profondeur, d'explications, de densité. Disons que l'intrigue et le contexte sont plus importants que les personnages qui ne sont que des faire-valoir. Néanmoins, pour tempérer et même carrément réchauffer mon propos, ce contexte de la spoliation des biens juifs est passionnant, AL Thiéblemont le racontant avec des détails par le biais des sœurs Lambert et de la collection familiale. Et elle ne s'arrête pas à cet aspect mais le prolonge avec la difficulté des familles à récupérer leurs biens souvent peu ou pas ou mal inventoriés. Et la loi, l'état et les musées français n'ont pas toujours joué le jeu des retours des œuvres à leurs propriétaires. Si l'autrice s'attarde sur les biens artistiques puisque c'était son domaine, au détour d'une phrase, elle l'étend : "On parle volontiers de la spoliation des collections artistiques de valeur, telle celle des Rotschild que vous avez sous les yeux. [...] Mais les juifs de France pendant l'Occupation étaient de condition très modeste, d'où la nécessité de regarder aussi ce pillage comme un acte symbolique, d'une radicalité sans précédent." (p.163)

J'aime la collection des romans noir autour de l'art de chez Cohen&Cohen. Quand en plus, ils se basent sur une sordide réalité qu'ils illustrent, le plaisir est doublé.

L'ombre de la brume
par
29 mai 2019

Léger, distrayant et particulièrement savoureux ce roman noir de Gérard Chevalier qui change de registre puisque le précédent "Vivre... et revivre" était plus dense, plus exotique aussi. "L'ombre de la brume" se lit comme on boit un punch très fruité, on commence et on ne peut pas s'arrêter en se disant qu'il n'est pas fort et c'est à la fin, une fois que le livre -ou la bouteille- est vide qu'on est tout joyeux et heureux d'avoir passé un excellent moment. Mais attention si l'abus d'alcool est dangereux, l'abus de Gérard Chevalier ne l'est pas. La preuve, je vais bien, suis sain de corps et d'esprit - enfin, ce n'est pas exactement ce que disent les membres de ma famille, mais ça c'est une autre histoire.

Je me suis régalé au point de repousser mon heure de coucher pour connaître le fin mot de l'histoire. Histoire que l'auteur dit avoir écrite en 1970, sous forme de scénario, inspirée de vacances avec ses enfants. On l'entendrait presque nous la raconter, le soir, au coin du feu, bien installés dans des fauteuils confortables, savourer les réparties, les descriptions, les situations de plus en plus folles qui montent crescendo.

Un bon conseil de lecture si vous avez un petit coup de mou, ça vous redonnera le sourire ; et si vous allez bien, lisez le aussi, ça élargira votre sourire habituel.

L'enfant de Garland Road
par
29 mai 2019

"Veuf, un écrivain raté est encore torturé par un amour toxique que même la mort n'a pas réussi à éteindre. Retiré du monde, il vit dans les solitudes boisées du Vermont où il tente en vain d'en finir avec l'existence. Jusqu'au jour où son neveu de dix ans, qui vient de perdre ses parents dans des circonstances étranges, lui est confié. Est-ce une chance de salut ? Ou une épreuve de plus à endurer ? Et lorsque le sort frappe à nouveau, une traque sans merci ni pardon, commence." (4ème de couverture)

Il est sûrement très bien ce roman écrit par le fils de Georges, mais pas pour moi. Je peine à m'intéresser aux situations, aux personnages et même leurs présentations ne me plaisent pas. Ni l'écriture, pas à mon goût, ni les nombreux dialogues, pas toujours très intéressants. Ça donne un ensemble un peu plat lorsque je m'attendais à du plus fort, plus dérangeant. Le début est mou et pas emballant ni même agréable, une mauvaise entrée en matière qui ne m'incite pas vraiment à poursuivre. Dès lors, muni d'une sensation qui ne me quitte plus, je préfère arrêter les frais.